Semer librement

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20 janvier 2022

La semence est le premier maillon de la chaîne alimentaire, on l'oublie parfois mais elle occupe une place toute particulière au sein de l’agriculture. De la semence cette partie de plante (graines, fruit, tubercule, bouture…) qui permet de multiplier la plante, dépendent de nos pratiques culturales, notre dépendance aux intrants chimiques notre alimentation, mais aussi la perpétuation de nos traditions.

De la diversification de la biodiversité à son appauvrissement.

Depuis le début de l’agriculture dans le croissant fertile, il y a plus de 10 000 ans, nos aïeux et les générations successives ont surveillé l’évolution des cultures, combiné les plantes et leur gênes en procédant à la sélection des graines en fonction des usages, pour les adapter à de nouveaux milieux. C'est ainsi que de quelques individus issus d’une espèce ont été formés des milliers de variantes, les paysans participant ainsi à un formidable **processus de création une biodiversité **extraordinaire et riche de sa diversité.
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**Ces deux siècles derniers, avec les révolutions industrielles et révolutions agricoles cette diversification de la biodiversité a été mise à mal. **Avec l'application des principes de la révolution industrielle à l'agriculture, les systèmes agricoles se sont standardisés, uniformisés et ce à l'échelle mondiale.

Après presque déjà un siècle d’agriculture industrielle, la FAO estime aujourd’hui à plus de 75% la perte de diversité dans le monde des plantes cultivées entre 1900 et 2000. Le visage de cette triste réalité se manifeste dans nos supermarchés où l’on voit les mêmes les mêmes légumes et fruits sur les étals à travers la planète entière.

Les causes sont multiples: agriculture intensive, remembrement des parcelles, expansion de monocultures sur de grandes surfaces, intrants chimiques, standardisation de production.

Parallèlement on a pu voir la promotion de quelques variétés dites à haut rendement et la mise à l’écart de variétés très diverses et utilisées localement par les paysans. Dans le monde entier, les agriculteurs ont abandonné leurs multiples variétés locales et cultivars traditionnels pour passer à des variétés à haut rendement, génétiquement uniformes.

L’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que, sur près de 250 000 variétés végétales propres à la culture, on n’en cultive aujourd’hui qu’environ 7 000, soit moins de 3 %. Le non-usage mène à l’abandon et, éventuellement, à l’extinction de cette biodiversité.
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La spoliation du vivant par l'appropriation de la biodiversité.

Dans une bonne partie des pays en voie de développement, coexistent deux filières de production et distribution des semences : une filière formelle encadrée et normalisée par des réglementations publiques, constituée de professionnels, et une filière informelle reflétant les pratiques agricoles traditionnelles, faites d’échange entre agriculteurs et de sélection paysanne sur des variétés locales. En Europe c'est la législation sur le commerce de semences qui a poussé la filière informelle à une quasi disparition seule la filière formelle est admise.

Concernant la commercialisation des semences, la règle est que les semences et plants mis commercialisés doivent appartenir à une variété inscrite au Catalogue officiel. La commercialisation c'est toute forme d’échange de semences, qu’il soit à titre onéreux (vente) ou gratuit (don, échange) en vue d'une exploitation commerciale de la semence vendue ou échangée. Les conditions d’admission à ce catalogue ont été restreintes aux besoins de l’agriculture industrielle intensive, aux productions standardisées par l’instauration de critères DHS distinction, homogénéité, stabilité. En effet, ils sont à l'opposé de la sélection paysanne qui recherche une certaine hétérogénéité entre les plantes et une capacité d'évolution pour permettre à la plante une adaptation à son environnement et non pas d'adapter l'environnement de la ferme aux plantes semées. Cette règle concerne la majorité des espèces de cultures agricoles.

Concernant la propriété intellectuelle sur les semences, une nouvelle variété peut être protégée si elle est nouvelle, distincte, son créateur pourra alors obtenir un Certificat d'obtention végétale (COV), pour une durée de 25 à 30 ans en fonction des espèces à protéger. Ce certificat permet à l’obtenteur d’une variété de faire valoir son droit jusqu’à attaquer en justice des contrefacteurs qui vendraient cette variété sans son autorisation ou sans respecter les conditions fixées.

Les critères du Catalogue officiel étant en partie les mêmes que ceux du COV, c’est de cette façon que le catalogue officiel est devenu un pré carré exclusif pour les variétés modernes, appropriées dans une logique d’exclusion des variétés du domaine public, librement reproductibles et utilisables. Autrement dit, les semences qui doivent être certifiées pour être commercialisées sont pour la plupart des semences qui sont appropriées.

Le marché mondial des semences et des pesticides

Le marché mondial des semences commerciales, est un marché concentré sur 10 entreprises qui réalisent détiennent près de 75,3% des parts du marché mondial. Le marché des produits agrochimiques est encore plus concentré puisque les 10 premières entreprises détiennent 94,5% des parts et les onze premières en détiennent 97,8%.

Les entreprises de l’industrie chimique forment un oligopole extrêmement puissant. Une telle situation n’est pas sans occasionner de graves conflits d’intérêts, étant donné que ces firmes contrôlent également le marché des ventes de semences commerciales.

Aujourd’hui, une poignée de multinationales, comme Bayer, Syngenta, Corteva a la mainmise sur le marché mondial.

Pour résumer l’industrie chimique s’est fortement intéressée à la production des semences et ce en raison de la complémentarité de ces activités. Comment ? Via l’association à la semence d’un intrant chimique indispensable à son fonctionnement optimal, mais aussi parce que sa position en tête de la chaîne alimentaire, cela permet un contrôle de l’ensemble de la production agricole et donne des perspectives biologiques et légales qui donnent la capacité d’enfermer les utilisateurs de cette marchandise nouvelle dans un marché captif. Les utilisateurs de semences commerciales appropriés sont rendus dépendants de leurs fournisseurs.

Redonner le pouvoir aux agriculteurs

Face à l’appropriation du vivant, l'association Kokopelli diffuse en Europe et dans le reste du monde des variétés de semences non appropriées et librement reproductibles, dans le but de préserver la biodiversité tout en menant son combat pour le droit de semer librement sans restriction. Redonner le pouvoir aux agriculteurs de leur autonomie semencière, de la création de la biodiversité, retrouver le pouvoir de notre autonomie alimentaire.

🗣️🎤 Nous avons rencontré Ananda Guillet, directeur de l'association Kokopelli.

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Charlotte & Jérôme

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